Paul Morao
Après le camouflet des municipales, Macron entend profiter de son
remaniement pour préparer 2022 en assurant un rééquilibrage à visée
électoraliste et en reprenant en main l'exécutif en effaçant le Premier
Ministre.
Annoncé depuis plusieurs semaines, le remaniement ministériel prévu
par Emmanuel Macron devrait finalement avoir lieu d’ici le 8 juillet.
Une manoeuvre périlleuse pour le gouvernement fragilisé, qui avait connu
une humiliation lors de son dernier remaniement d’octobre 2018, qui
revêt plusieurs enjeux pour Emmanuel Macron.
Une volonté de reprise en main de l’exécutif
Au lendemain de l’échec des municipales et dans un contexte où sa
gestion de la crise du Covid-19 continue de le fragiliser, Emmanuel
Macron entend profiter de ce remaniement pour reprendre la main sur
l’exécutif. « Le président a la volonté, dans les deux prochaines
années, de gouverner lui-même. Il veut être maître de son destin et de
sa réélection » affirme ainsi l’entourage du Président d’après Le Monde.
Alors que la gestion du déconfinement a été marquée par différents
désaccords avec son Premier Ministre, notamment autour du déconfinement,
Macron entend reprendre un contrôle plein et entier sur l’exécutif. « Soulignant
que le président de la République sera le seul à être « jugé à la
fin », les macronistes estiment que leur champion, présenté comme
« intuitif » et « transformateur », doit mener son quinquennat comme il
l’entend, sans être « corseté » dans ses initiatives par le chef du
gouvernement, conseiller d’Etat de formation, jugé « conservateur » et
« gestionnaire ». Pour justifier leur démonstration, ces « marcheurs »
rappellent que M. Philippe a souvent fait preuve d’une « prudence
excessive » dans les moments-clés du quinquennat, contre la volonté de
M. Macron qui s’est retrouvé « seul » à assumer plusieurs décisions. » rapporte en ce sens Le Monde.
Pour autant, l’option d’un maintien d’Edouard Philippe reste ouverte,
après que celui-ci ait été réélu au Havre et alors qu’il reste très
(trop ?) populaire à droite et au centre-droit. D’autres options
seraient à l’étude parmi lesquelles Jean-Yves le Drian, actuel ministre
des Affaires Etrangères, ou encore Florence Parly, ministre des Armées.
Deux anciens socialistes discrets qui auraient l’avantage de laisser à
Macron tout l’espace politique qu’il revendique lorsqu’il affiche son
ambition de revenir à la « manœuvre » tout en envoyant un signal allant
dans le sens de ce que certains appellent, de façon peu mesurée, un
« virage social ». En effet, si Emmanuel Macron entend reprendre la main
sur le gouvernement, il souhaite également faire de ce remaniement un
tremplin pour élargir sa base électorale et préparer les élections
présidentielles de 2022.
Une volonté d’équilibrage politique sur la gauche pour aborder la suite du quinquennat
Au lendemain d’élections municipales qui ont à nouveau mis en lumière
les difficultés du projet macroniste, réunifier le bloc bourgeois
par-delà le clivage droite/gauche, Emmanuel Macron veut faire du
remaniement l’occasion d’un rééquilibrage politique. La politique et la
base sociale du Président se sont déportées à droite depuis le début du
quinquennat et il peine à reconquérir le centre-gauche. Le succès de
EELV et du PS, alliés dans de nombreuses villes comme Lyon, Bordeaux,
Tours ou Besançon, sonne ainsi comme l’échec du macronisme à conserver
la gauche de son électorat de 2017 et du choix stratégique de
privilégier les alliances avec LR localement.
Face à cette situation, Macron tente d’afficher un énième tournant
écolo en s’appuyant sur la Convention Citoyenne pour le Climat,
réminiscence d’un Acte II qui promettait plus de « justice sociale » au
lendemain du mouvement des Gilets jaunes et des élections européennes
remportée par EELV, mais qui s’est finalement structuré autour de
réformes néolibérales violentes telles que la réforme de
l’assurance-chômage et celle des retraites, suscitant une forte
contestation et une grève historique dans les transports à l’hiver
2019-2020.
Dans le cadre de cette stratégie, un des volets du remaniement
pourrait résider dans l’intégration de figures écolos. Or sur ce
terrain, rien ne semble gagné. Au lendemain des municipales, David
Cormand a ainsi affirmé sur Public Sénat « il n’y aura pas d’EELV dans le gouvernement », tandis que Yannick Jadot a expliqué sur Europe 1 « Il ne s’agit pas d’entrer dans un gouvernement qui gouverne seul ce pays » en pointant le risque d’un « opportunisme écologique »
de la part du gouvernement. Alors que EELV semble actuellement plutôt
lorgner du côté de la gauche pour préparer une union pour 2022, aucun de
ses membres ne veut prendre le risque d’intégrer le gouvernement.
L’alternative pourrait résider dans Pascal Canfin, ancien Vert coopté
par En Marche à l’occasion des élections européennes. Si celui-ci
a plutôt fait montre de scepticisme quant à cette perspective,
insistant sur le fait qu’il considérait son rôle de député européen
comme « très utile à l’écologie et à la France », n’a pour autant pas fermé totalement la porte d’une entrée en gouvernement.
Par-delà l’enjeu central que constitue l’écologie, la politique
sociale pourrait également prendre de l’importance, et ce d’autant plus à
l’aube d’une crise économique profonde. Pour le moment, le
gouvernement, après les accents « gaulliens » de Macron pendant le
confinement, a affirmé clairement le maintien de sa ligne politique
pro-business, se refusant à exiger de véritables contreparties des
entreprises aidées au travers des prêts garantis ou du chômage-partiel.
S’il est peu probable que cette option connaisse un infléchissement
sérieux, Emmanuel Macron pourrait agiter quelques mesures minimales et
tenter de valoriser symboliquement quelques initiatives.
Un rééquilibrage sans transformation sur le fond
Si le gouvernement entend afficher un « virage social » sur le fond
ce n’est pas une révolution que prépare Emmanuel Macron. Les grands
discours sur l’écologie semblent ainsi très loin de remettre en cause la
volonté du Président d’imposer coûte que coûte sa réforme des retraites
et au moins une partie de la réforme de l’assurance-chômage, deux
mesures anti-sociales s’il en est. En ce sens, le Président pourrait
profiter du remaniement pour intégrer de nouvelles figures venues de la
droite, mais aussi d’En Marche, à l’image de Stanislas Guérini, délégué général du parti.
Ici, il faut d’ailleurs noter que, si ce sujet est peu abordé dans la
presse en lien avec la volonté de l’exécutif d’insister sur un prétendu
« Acte III », la question des ministres régaliens et en particulier de
l’Intérieur pourrait revêtir une importance forte dans ce remaniement.
En pleine crise avec l’institution policière, dont les mobilisations se
poursuivent partout en France en réaction aux timides réformes annoncées
il y a plusieurs semaines par Christophe Castaner et globalement
retirées depuis. Si ce dernier a insisté sur sa volonté de conserver son
ministère, les noms de Jean-Yves Le Drian, Jean Castex, Sébastien
Lecornu ou Laurent Nunez circulent pour le remplacer.
Quels que soient les choix réalisés dans le cadre du remaniement, ils ne
devraient de toute façon pas altérer la ligne que le gouvernement a mis
en œuvre depuis le début du quinquennat et qui s’est exprimé avec force
dans la gestion pro-business de l’épidémie. Dans un contexte de crise
économique profonde, Emmanuel Macron a rappelé son orientation en
arrosant les grandes entreprises de milliards d’aides, de prêts garantis
ou de mesures de soutien comme le chômage-partiel tout en refusant
d’imposer de véritables contreparties à ces plans comme l’ont rappelé
les suppressions de respectivement 4600, 5000 et 7585 emplois chez
Renault, Airbus et Air France.
Dans ce contexte, c’est sur les directions syndicales, plus que
n’importe quelle recrue gouvernementale venue de la « gauche », que
s’appuie actuellement Emmanuel Macron pour imposer ses mesures en
promettant des miettes en échange de la participation à de stériles
négociations.
Aussi, contre les tentatives de bricolage électoraux
visant à combattre Macron dans les urnes, c’est la bataille des
travailleurs pour se doter d’un plan de bataille contre les
licenciements et pour refuser de payer la crise qui permettra d’offrir
des perspectives contre le projet du gouvernement.

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