Michel Soudais
La reconquête d’une « souveraineté économique » figure depuis parmi les
objectifs de la « reconstruction » annoncée par le chef de l’État,
un discours qui n’est pourtant qu’un effet de manche.
Emmanuel Macron assure avoir tiré les leçons des pénuries de masques,
de réactifs, de respirateurs et de médicaments qui ont cruellement
affecté la capacité de réaction du pays à la pandémie de Covid-19.
S’adressant aux Français, le 12 mars, il reconnaissait dans une sorte de
mea culpa que c’était « une folie » de « déléguer à d’autres notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie ».
Le 31 mars, en visite dans l’usine de masques Kolmi-Hopen, près
d’Angers, le président de la République enfonçait le clou et jugeait
nécessaire « de monter en volume, d’embaucher et de créer de nouvelles capacités de production ». La « priorité », affirmait-il, était désormais de « retrouver la force morale (?) et la volonté de produire en France » afin de « retrouver [notre] indépendance ».
La reconquête d’une « souveraineté économique » figure depuis parmi les objectifs de la « reconstruction » annoncée par le chef de l’État, qui évoque dans son entretien du 14 juillet « un plan de relance industriel pour bâtir notre souveraineté industrielle et donc faire relocaliser certaines industries ». Ainsi que sa détermination à « bâtir une souveraineté agricole qui n’existe pas ».
Une petite musique reprise dès le lendemain par Jean Castex, dans son
discours de politique générale. Le Premier ministre y assure que son
gouvernement conduira « une relance reconstructive nous permettant de retrouver les voies de la souveraineté économique ».
Bien accueilli, ce discours n’est pourtant qu’un
effet de manche car, dans le même entretien, Macron refuse toute
augmentation de la fiscalité des plus riches et notamment un retour de
l’ISF. Cette politique, explique-t-il, a permis à la France de devenir « numéro 1 en termes d’attractivité en Europe ». Ce résultat obtenu en 2019,
dont n’ont pas manqué de se féliciter également Jean Castex et Gilles
Le Gendre, le président du groupe LREM à l’Assemblée, mesure la capacité
d’un pays à attirer des investissements étrangers. Or ceux-ci ne
conçoivent pas d’autre souveraineté que celle de la rentabilité de leurs
capitaux, raison pour laquelle les attirer nécessite de simplifier le
droit du travail au détriment des salariés et d’alléger toujours plus la
fiscalité des entreprises et du capital. Ce qu’a fait avec constance
Macron depuis juin 2017. On se souvient notamment de la danse du ventre de Bruno Le Maire
devant le gotha de Wall Street. Mais que cette rentabilité vienne à
être contrariée ou qu’ils trouvent de meilleures opportunités ailleurs,
et ces investisseurs s’en vont. Délocalisent usines ou centres de
recherche.
Aucune souveraineté ne peut s’appuyer sur eux.

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