Natacha Lubin
Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a présenté ce mardi à
l’Assemblée Nationale un projet de loi visant à prolonger les mesures
dites antiterroristes mises en place en 2017.
Cet entérinement de
mesures liberticides dans le droit commun illustre le climat sécuritaire
et répressif instauré par le gouvernement Macron face à une
intensification des mouvements sociaux susceptibles de remettre en cause
son pouvoir.
Le projet de loi, défendu par Darmanin, est composé des quatre
premiers articles de la Loi sur la Sécurité Intérieure et la Lutte
contre le Terrorisme (SILT) mise en place en 2017. Il y est notamment
question de perquisitions administratives renommées « visites
domiciliaires et saisies », d’assignations à résidence rebaptisées
« mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance »
et de la possibilité de fermeture d’un lieu de culte. Des mesures pour
lesquelles la France a notamment été épinglée par l’ONU en 2018,
considérées à juste titre comme des menaces aux libertés individuelles
et aux droits de l’Homme.
Cet empressement à pérenniser des dispositions autoritaires s’inscrit
dans un contexte international et national caractérisé par
d’importantes mobilisations contre les violences policières, venant
questionner les structures même de l’État en soulevant la question du
rôle systémique de la police. Face à la révolte et à l’émergence en
France d’un débat public sur la question du racisme d’État, nourries par
le combat du Comité Adama qui a encore rassemblé des milliers de jeunes lors de la Marche pour Adama samedi dernier ou encore par les actions de déboulonnage de statues coloniales en Martinique,
le nouveau premier ministre Jean Castex a ouvertement criminalisé les
militants et mouvements anti-racistes en les qualifiant de
« séparatistes » et de « communautaristes ». En toile de fond de ces
mobilisations, qui résonnent avec le mouvement en cours contre le
racisme et les violences policières aux États-Unis, une profonde crise
économique peine à être contenue et la réponse politique consiste déjà à
faire payer la crise aux travailleurs, et en particuliers aux jeunes et
aux femmes.
Dans ce contexte explosif avec une crise qui tend à s’approfondir, il
est central pour le gouvernement de développer un arsenal juridique
visant à contenir ou étouffer les révoltes potentielles. Dans la suite
logique des mesures d’état d’urgence sanitaire mises en place pour
justifier un confinement à double vitesse autoritaire, le projet de loi
anti terroriste est avant tout un outil de limitation des libertés
démocratiques.
À l’heure des plans de licenciements et de la réforme des
retraites repoussée mais pas abandonnée, seule une mobilisation
générale d’ampleur réunissant tous les secteurs exploités et opprimés
autour d’un programme de lutte dirigé contre le gouvernement et ses
plans de misère pourrait défier la répression d’État qui s’organise.

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