mercredi 6 novembre 2024

Vers la fin du SNU ? Le joujou autoritaire de Macron sur la sellette sur fond de crise budgétaire

Aglaé Saunières

Le SNU, mesure phare de Macron pour embrigader la jeunesse, prend l'eau. L'Assemblée et le Sénat ont voté la suppression de ce dispositif à 5 milliards d'euros. Mais les politiciens n'abandonnent pas l'idée de faire marcher les jeunes au pas.

C’était la mesure phare de Macron depuis 2019, celle avec laquelle il voulait marquer l’histoire. C’est aussi autour de ce projet qu’Attal a commencé sa carrière gouvernementale. Le Service National Universel, colonie de vacances d’embrigadement militariste devait selon Gabriel Attal être généralisée à partir de 2024 pour tous les jeunes de 16 ans dans un but de « réarmement civique ». Reportée à 2026, cette mesure qui faisait face à une défiance importante dans les lycées sera peut-être finalement une victime (heureuse) de l’austérité.

Le projet, qui accumulait les scandales depuis sa mise en place, a vu les crédits qui lui étaient attribués pour 2025 être purement et simplement supprimés dans les commissions de finances de l’Assemblée nationale et du Sénat. À droite comme à gauche, au Sénat, comme à l’Assemblée, les parlementaires sont allés dans le sens d’un rapport de la Cour des Comptes qui pointe un projet mal pensé et mal financé. L’occasion de se positionner en rupture avec le bilan de Macron et de surjouer l’opposition, alors que le projet est un d’ores-et-déjà un échec qui ne promet que des complications.

En effet, à l’heure où députés, sénateurs et gouvernement font les fonds de tiroirs pour faire des économies sur notre dos et continuer les cadeaux aux grands patrons et aux usines d’armement, la généralisation du SNU coûterait entre 3,5 et 5 milliards d’euros par an ! Un budget qui aurait dû être prélevé sur le budget de l’Education Nationale (où 4000 postes sont supprimés) et transféré au budget de l’armée. Comme l’explosion du budget militaire le montre, les politiciens et le gouvernement sont prêts à dépenser sans compter pour l’armée. Le problème n’est pas l’objectif d’endoctriner la jeunesse dans l’amour de l’armée, de la France coloniale sur les cinq continents. C’est que, de leur point de vue, le SNU répondait mal à cet objectif et ne faisait pas beaucoup de volontaires, malgré tout l’argent public pour payer des influenceurs pour en faire la promotion.

Malgré le bonheur de pouvoir subir humiliations, punitions collectives, violences sexuelles, propos racistes et mise en danger par les encadrants militaires, il semble que les séjours n’ont suscité que très peu d’engouement chez les lycéen-nes. Alors qu’un des objectifs était de susciter l’amour de la police, le SNU a surtout prêché des convaincus. Il semblerait que ce soient majoritairement des enfants de parents qui exercent des métiers en uniforme (policiers, gendarmes, militaires) ou des enfants qui se prédestinent déjà à des carrières dans les corps de répression qui ont constitué une part importante des volontaires. Les syndicats enseignants se sont également opposés au SNU et exigent la réattribution de son budget à l’éducation. Mais l’armée elle-même s’est montrée récalcitrante à mettre des moyens, du personnel et des infrastructures au service d’un sous-service militaire inadapté à ses besoins et ses priorités.

Le gouvernement à la recherche d’un meilleur outil pour embrigader la jeunesse

Malgré la suppression des crédits dans le budget au Parlement et à l’Assemblée, c’est bien le gouvernement qui aura le dernier mot sur le budget puisque celui-ci passera sans grande surprise par 49-3. Le ministre LR des Sports et de la Jeunesse, Gilles Avérous a indiqué qu’il ne souhaitait pas supprimer le dispositif mais en réduire les effectifs : seulement 35 000 jeunes seraient recruté-es pour 2024-2025, quand Gabriel Attal en prévoyait 80 000 l’été dernier. En ce sens, le ministre a indiqué implicitement devant les sénateurs que la mise au placard du SNU était probable à terme : les critiques à son sujet poussent à « s’interroger sur [son] format (…) , son contour et son coût ».

Cependant, si l’outil qu’est le SNU est aujourd’hui remis en question, l’objectif d’avancer vers la remilitarisation du pays reste bien d’actualité pour les classes dominantes. L’adhésion de la jeunesse aux projets militaristes de leurs gouvernements est même une préoccupation majeure, au même titre que la production industrielle de munitions, pour les puissances impérialistes. Dans plusieurs pays de l’Union Européenne, comme en Allemagne, des discussions sont ouvertes pour le rétablissement de la conscription et d’un service militaire véritable. En France, le RN milite activement pour son retour. Cette idée figurait aussi au programme d’un candidat malheureux à la primaire de la droite en 2021, un certain… Michel Barnier. La France Insoumise milite de son côté, pour une « conscription citoyenne » obligatoire de 9 mois, pour redorer le blason des corps répressifs auprès des jeunes.

Face à ces projets militaristes, ce sont les mobilisations du mouvement ouvrier et de la jeunesse qui pourront définitivement enterrer le SNU et balayer les prochaines moutures de service national, militaire ou peu importe comment ils l’appelleront. En 2023, Macron avait dû reculer sur le SNU obligatoire à cause des grandes mobilisations ouvrières contre la réforme des retraites. Il craignait alors de susciter la colère dans les lycées qui seraient venus grossir la mobilisation. Les classes dominantes savent que la jeunesse ne se laissera pas encaserner sans résistance. Elles avancent pas à pas, tentent d’imposer l’uniforme dans les écoles, incitent les jeunes à s’engager dans la réserve militaire etc. Mais le gouvernement veut surtout mettre au pas une jeunesse qui refuse de laisser le peuple palestinien subir un génocide dans le silence, une jeunesse qui refuse de voir ses parents travailler jusqu’à 64 ans, qui refuse le droit sacré des riches et des capitalistes à nous laisser une planète invivable ! 

C’est cette jeunesse que le gouvernement veut censurer, réprimer et faire marcher au pas. La jeunesse marchera et elle se battra, sans hésitation, mais contre ce gouvernement soutenu par l’extrême droite qui n’a à nous vendre qu’austérité, racisme et militarisation.

Révolution Permanente 

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