Gilles Devers
L’armée
d’Israël – la plus éthique du monde – vient s’occuper de détruire les
tunnels de Gaza. Admettons un instant cette dilettante propagande…
juste le temps de faire les comptes : cinquante jours de bombardements,
plus de 2000 morts, 5000 blessés graves et 5,4 milliards de dollars de
destruction. Et rien de changé à Gaza, à part un peuple qui, plus uni
que jamais, lutte pour sa libération.
Cette
somme de 5,4 milliards de dollars correspond aux engagements pris par
les ministres des Affaires étrangères d’une trentaine de pays qui se
sont retrouvés ce dimanche au Caire. La remarquable Norvège était le
pilier de cette conférence. On peut signaler le Qatar qui s’est engagé
pour 1 milliard, l’Union européenne pour 450 millions, et les Etats-Unis
pour 400 millions.
Problème
pour tous les participants ? On paie – et c’est une bien modeste obole
au regard des dommages causés au peuple Palestinien par tous ces larbins
des Etats-Unis depuis des décennies – mais comment faire que pour que
ce ne soit pas la même chose dans deux ans ?
Le
toujours distrayant hériter des sauces Heinz, John Kerry, s’est
quasi-fâché : « Un cessez-le-feu, ce n’est pas la paix. Nous devons nous
rasseoir à la table des négociations et aider les parties à faire des
choix difficiles, de vrais choix ».
- Oki, sacré comic man… Mais on discute de quoi ? De la Palestine comme Etat ?
- Non, les Etats-Unis ne peuvent l’accepter.
- Alors de quoi ? Du démantèlement des colonies israéliennes en Palestine ?
- Non, c’est impossible.
- De Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat de Palestine ?
- Non, c’est impossible.
- Du retour des réfugiés, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité depuis 1948 ?
- Non, c’est impossible.
- D’une continuité territoriale entre la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza ?
- Non, c’est impossible.
- Du retour aux frontières de 1967 ?
- Non, c’est impossible.
- Du remboursement par Israël des dommages de guerre ?
- Non, c’est impossible.
- De la levée du blocus, illégal, de Gaza ?
- Non, c’est impossible.
- De la négociation sur la forme de la table des négociations ?
- Oui, ça, c’est possible…
Ecoutons
Ban Ki Moon : « En 2009, la communauté internationale s’était déjà
réunie en Egypte pour la reconstruction de Gaza, dévastée par trois
guerre ces six dernières années. Nous avions promis notre soutien et
nous étions convenus de reconstruire et, aujourd’hui, nous sommes à
nouveau ici, le cycle construction-destructions se poursuit, il empire ».
Les larmes impuissantes de l’ONU ne change rien, mais bon…
Lieberman,
Ministre des Affaires étrangères d’Israël, a vite refroidi l’ambiance :
« Il faut voir dans quel cadre et sur quels points porteraient ces
négociations. Si elles ne portent que sur les exigences palestiniennes,
alors c’est peine perdue ».
Alors, un nouveau cycle de négociations… après deux ans à « négocier » pour pas le moindre résultat… La solution est ailleurs.
Le
plus fort, pour éviter un nouveau massacre humain et matériel dans les
années à venir, serait que l’Etat de Palestine ratifie le traité de Rome
sur la Cour Pénale Internationale, ou signe une déclaration
gouvernementale de reconnaissance de la Cour. Tout montre le consensus
dans la société palestinienne. Mais ça, c’est impossible chantent en
chœur ces grands amis du droit que sont les Etats-Unis et les grand pays
européens (France et Grande-Bretagne en tête).
Alors, il faut commencer par le pragmatisme.
Les
fonds vont être versés à des structures palestiniennes, et en cas de
nouvelle agression, les Palestiniens se retrouveront devant l’option :
aucune chance d’être recevables devant les juridictions européennes, et
donc retour à la compliquée Cour Pénale Internationale.
Mais il y a une alternative. Il y en a même deux, si vraiment on veut sortir du discours et aider la population palestinienne.
1/ Une participation en droit international
La
première solution est d’inclure dans tous les biens immobiliers et les
équipements collectifs un élément de droit international. Les solutions
techniques sont multiples : bail de longue durée avec un loyer
symbolique, clause de réserve de propriété, copropriété, société
immobilier avec une participation minoritaire étrangère, indivision…
Tous ces procédés peuvent être utilisés, en fonction des options de
chacun, et seul compte le résultat : pour le plus grand nombre de biens,
on doit trouver une part de droit étranger. De telle sorte que si le
bien est détruit, un recours peut être fait à partir de ce pourcentage
de droit étranger, devant l’Etat d’origine.
Un
exemple. On reconstruit le port de Gaza, et on y installe une grue pour
l’embarquement et le débarquement. Cette grue appartient à une
copropriété regroupant un propriétaire palestinien à 95% et un
propriétaire français à 5%. Ce propriétaire peut d’ailleurs être une
société immobilière de droit français, composée d’associés palestiniens.
Si la grue est détruite par bombardement, alors que c’est un bien
civil, le propriétaire français minoritaire peut le lendemain déposer
plainte devant le doyen des juges d’instruction du tribunal de grande
instance de Paris pour crime de guerre par destruction de biens civils,
obliger ainsi à l’ouverture d’une information judiciaire et à la mise en
œuvre de convention de coopération judiciaire conclue entre la France
et Israël, et engager une procédure civile aux fins d’indemnisation pour
déni de justice si Israël refuse de coopérer.
On
peut démultiplier le schéma à tous les pays, et à tous les groupes
souhaitant réellement aider le peuple palestinien. A terme, sur chaque
bâtiment, un petit drapeau étranger, voulant dire : « Si tu me
bombardes, tu auras droit demain à un procès dans un pays dont le droit
respecte les droits de l’homme ».
2/ Une garantie des donateurs
Ce
procédé serait très efficace. Il reste juste à convaincre les Etat de
passer des discours aux actes, pour qu’ils s’engagent à exercer les
recours nécessaires. On peut aussi poser à Fabius cette question
simple : « Comme la France va verser quelques millions d’euros pour
reconstruite Gaza, pourquoi ne pas inclure une clause de garantie qui
permettrait à la France de se faire rembourser en cas de destruction du
bien ? Ce serait logique, et cela préservait les fonds publics ».Ben oui, t’en penses quoi, Laurent ?


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