Pour
Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la
DGSE, la « guerre de civilisation » et celle contre le « terrorisme »
brandies par le gouvernement comme par l’opposition de droite
constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l’alliance
militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du
djihad.
HD.
Comment analysez-vous le profil de Yassin Salhi ? Correspondil à celui
du « loup solitaire » ou à celui d’un terroriste agissant pour le compte
d’une organisation structurée ?
ALAIN CHOUET. Il ne s’agit pas d’un loup
solitaire mais plutôt d’un crétin solitaire! Les réactions médiatiques
sont dans l’ensemble pathétiques. La presse a soutenu pendant trois
jours que c’était un dangereux terroriste et j’ai refusé toute interview
à ce sujet parce qu’il semblait bien qu’il s’agissait d’un acte
personnel sans lien avec la mouvance terroriste. Ce type pète les
plombs, tue son patron avant de tenter de rationaliser son acte comme le
font tous les psychopathes et les sociopathes. Alors il hurle « Allahou
Akbar », et il envoie une photo au seul copain qu’il connaît qui se
trouve en Syrie, peut-être dans l’espoir que l ’« État islamique »
revendique son acte.
HD. Est-il possible d’établir un lien entre la tuerie de Sousse et l’attentat commis au Koweït contre la minorité chiite ?
A. C. On a affaire à deux choses
différentes. En Tunisie, on assiste à la poursuite de ce que je dénonce
depuis un an et depuis la chute du parti islamiste Ennahdha: avant de
quitter le pouvoir, ils ont organisé une réforme fiscale qui ruine la
classe moyenne laïcisée, laquelle constitue le pire ennemi des Frères
musulmans. Depuis, de nombreux attentats ont ensanglanté la Tunisie
visant à tuer son économie, ruiner le secteur touristique, les
syndicats, les associations, de façon à revenir au pouvoir. C’est la
stratégie systématique des Frères musulmans. Au Koweït, l’attentat
s’inscrit davantage dans le contexte de la guerre menée par l’Arabie
saoudite contre les minorités chiites.
HD. Dans ce cadre, est-il sérieux, comme l’a fait le premier ministre, d’évoquer une « guerre de civilisation » ?
A. C. Non, on est en train de redécouvrir
l’eau tiède de George W. Bush et se lancer dans une guerre contre la
terreur. On a vu les résultats désastreux de cette politique aux
États-Unis.
HD. D’autres responsables politiques se sont appuyés sur le
drame de l’Isère pour évoquer l’urgence d’adopter la loi sur le
renseignement.
A. C. D’abord, cette loi constitue un peu
une liste à la Prévert. Il y a des choses qui me paraissent utiles d’un
point de vue professionnel, en particulier la légalisation des
infiltrations. Concernant les écoutes électroniques, j’ai déjà dit ce
que j’en pensais. Le « dragage massif » des données n’a jamais produit
de résultat probant.
« TOUT CELA EST UNE VASTE PLAISANTERIE: ON NE FAIT PAS LA GUERRE À LA TERREUR MAIS À DES CRIMINELS. »
HD. Personne n’évoque le lien entre l’idéologie de ces
organisations terroristes et celles diffusées par l’Arabie saoudite et
le Qatar ...
A. C. Effectivement, pourtant ce n’est pas
faute de le répéter: ce que nous appelons « salafisme », en arabe, cela
s’appelle « wahhabisme ». Et là nous sommes à contre-emploi de manière
systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire,
puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc... nous
sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène
terroriste.
HD. Depuis le 11 septembre 2001, des sommes colossales ont
été investies dans la lutte contre le terrorisme, des lois liberticides
ne cessent d’être votées, et jamais pourtant la « menace » terroriste
n’a paru aussi présente ...
A. C. On s’épuise à s’attaquer aux
exécutants, c’est-à-dire aux effets du salafisme, mais pas à ses causes.
Sur 1,5 milliard de musulmans, si 1 sur 1 million pète les plombs, cela
fait déjà un réservoir de 1 500 terroristes. Cela, on ne pourra jamais
l’empêcher à moins de mettre un flic derrière chaque citoyen.
Tout cela
est une vaste plaisanterie : on ne fait pas la guerre à la terreur mais à
des criminels. Cela relève des techniques de police et de justice.
humanité.fr

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire