Bien que certaines parties du rapport suggèrent à tort une équivalence
entre oppresseur et opprimé, celui-ci contient de nombreuses preuves de
la brutalité israélienne, écrit Grégory Shupak.
Dans un rapport publié le 22 juin 2015, le Conseil des droits de
l’homme des Nations unies (CDH) documente certains des crimes commis par
l’État israélien durant son attaque de Gaza en juillet-août 2014.
Le rapport présente des faiblesses importantes. L’enquête débute au
13 juin 2014, le premier jour où des roquettes ont été tirées sur Israël
depuis la bande de Gaza. Choisir cette date comme début, c’est accepter
implicitement l’affirmation de l’État israélien selon laquelle les
combats ont commencé en raison des tirs de roquettes palestiniens. Le 11
juin 2014 constitue un point de départ plus précis : « l’aviation
israélienne a pris pour cible un membre présumé d’un groupe armé
circulant sur une moto avec un enfant de dix ans », tuant l’homme sur le
coup et provoquant la mort de l’enfant trois jours plus tard.
En outre, certaines formulations du rapport impliquent de manière
erronée que les groupes armés palestiniens et l’État israélien ont violé
le droit international dans la même mesure, comme lorsque les auteurs
écrivent qu’ils ont réuni « des informations substantielles indiquant de
graves violations du droit humanitaire international et du droit
international relatif aux droits de l’homme par Israël et par les
groupes armés palestiniens ».
La culpabilité d’Israël occultée
Présenter l’opération Bordure protectrice de cette manière est
ridicule étant donné que le CDH estime que les Palestiniens sont
responsables de la mort de six civils israéliens alors que l’armée
israélienne a tué 1 462 civils palestiniens.
De même, et c’est là tout aussi problématique, le rapport évoque
« l’immense souffrance des victimes palestiniennes et israéliennes, qui
ont été soumises à des cycles répétés de violence », sans faire de
distinction entre les degrés de souffrance ni observer l’écrasante
responsabilité d’Israël dans cette guerre et les conditions désastreuses
dans lesquelles vivent les Palestiniens depuis 1948.
Les preuves concrètes présentées dans le rapport démontrent qu’il est
absurde d’envisager la guerre de cette façon. Cela dit, malgré sa
rhétorique erronée, le document offre un rapport détaillé des atrocités
massives perpétrées par Israël. L’ampleur des crimes attribués à Israël
par le CDH dans ce rapport et les dommages causés par Israël sont
infiniment plus importants que tout ce qui est imputé aux factions
armées palestiniennes.
Le rapport décrit les bombardements de bâtiments résidentiels par les
forces israéliennes lors de « ce qui semble avoir été des frappes
aériennes ciblées » ; « l’utilisation de l’artillerie et d’autres armes
explosives ayant des effets considérables dans des zones densément
peuplées ; la destruction de quartiers entiers de Gaza » ; le
bombardement d’écoles et d’installations médicales.
La souffrance des enfants
Dans l’ensemble, le rapport constitue une archive de l’incroyable
brutalité de l’État d’Israël. Les cas suivants y sont examinés : sept
enfants, dont un bébé, tués dans la maison familiale des al-Sayam ; cinq
enfants de moins de 12 ans tués au domicile de la famille al-Farra ;
trois enfants de moins de 12 ans de la famille Shuheibar qui ont été
tués.
Le CDH remarque que tous ces enfants étaient à l’extérieur et donc
visibles pour l’armée israélienne possédant des technologies
sophistiquées et que « des armes de précision semblent avoir été
utilisées, ce qui indique que des objectifs spécifiques ont été
ciblés ». En somme, le rapport montre que l’armée israélienne a
délibérément tué ces enfants.
Dans le quartier de Chujaya, l’armée israélienne a tué cinquante-cinq
civils en deux jours et a rasé la zone. Le rapport constate que « la
durée du pilonnage intensif (plus de six heures), ainsi que les moyens
d’observation et de renseignements dont disposait [l’armée israélienne]
dans la bande de Gaza, auraient dû permettre aux responsables de
l’attaque d’obtenir des informations opportunes quant à l’impact
catastrophique des bombardements sur les civils et les biens de
caractère civil ». En d’autres termes, l’armée israélienne savait la
souffrance qu’elle infligeait aux civils à Chujaya et n’a pas cessé pour
autant son attaque.
« Tout est devenu une cible »
De même, l’armée israélienne a attaqué les routes dans et hors de
Khuza’a et « personne n’a été autorisé à se déplacer dans ou hors du
village. C’est devenu une zone de combats actifs, tout ce qui s’y
trouvait est devenu une cible ». En outre, « l’électricité a été coupée
et des rapports indiquent que de nombreux réservoirs d’eau sur les toits
des maisons ont été attaqués et détruits [par l’armée israélienne]. »
Soixante-huit personnes, dont au moins quatorze civils, ont été tués
dans Khuza’a tandis que des « quartiers résidentiels abritant des
centaines de familles ont subi d’intenses frappes aériennes et
terrestres ».
À Rafah, l’armée israélienne a tué cent personnes le 1er août, dont
soixante-quinze civils. Selon le CDH, Israël semble avoir ciblé là tous
les véhicules, qu’ils soient militaires ou civils, y compris des
ambulances. Ceci « équivaut à une attaque délibérée contre des civils et
des biens de caractère civil ». Le rapport estime qu’il est très
probable que, grâce à l’aviation israélienne, les « responsables sur le
terrain ont rapidement appris l’impact désastreux des attaques sur les
civils et les biens de caractère civil », mais ont poursuivi l’attaque
pendant des heures.
La propagande israélienne discréditée
Les principaux éléments du discours des propagandistes pro-israéliens
pendant la guerre sont également discrédités dans le rapport.
Lorsqu’Israël a envoyé des troupes au sol dans la bande de Gaza, il a
affirmé que c’était nécessaire pour protéger les civils israéliens des
attaques menées par des tunnels qui partaient de Gaza.
Cependant, la commission qui a rédigé le rapport « observe que
pendant la période examinée, les tunnels ont été utilisés uniquement
pour mener des attaques dirigées contre des positions [militaires
israéliennes] en Israël à proximité de la Ligne verte, qui constituent
des cibles militaires légitimes ». Alors que les ardents défenseurs
d’Israël se targuent du fait que l’armée du pays prévient les civils des
attaques imminentes, le CDH cite de nombreux cas dans lesquels aucun
avertissement n’a été émis et de nombreux civils palestiniens ont été
tués.
En ce sens, le rapport du CDH témoigne de la manière choquante dont
l’État israélien traite les Palestiniens. Bien que certains aspects du
document soient présentés d’une manière qui occulte l’identité des
coupables dans cette guerre et obstrue l’énorme disparité dans l’échelle
de la douleur infligée, ce cadrage est sapé par les propres conclusions
du rapport. Les lecteurs impartiaux n’auront aucune difficulté à
identifier l’oppresseur et l’opprimé.
* Gregory Shupak est écrivain et militant. Il enseigne l’étude des médias à l’université de Guelph, au Canada.
26 juin 2015 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/fr/opi...
Traduction : MEE - VecTranslation
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Traduction : MEE - VecTranslation
Info Palestine

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