Claude-Marie Vadrot
Les deux réacteurs nucléaires en construction outre-Manche nécessiteront
des infrastructures pour les protéger des eaux marines, afin d'éviter
un accident de type Fukushima.
La mise en route de l’EPR français connaît encore des difficultés qui
vont une nouvelle fois retarder sa mise en route et grossir la facture
finale. Les deux réacteurs EPR en début de travaux en Grande-Bretagne,
sous la direction de ses constructeurs français (EDF) et chinois, est à
nouveau contesté par les spécialistes de l’atome civil et les journaux
anglais.
Sur le site de Hinkley Point, le mur de protection qui doit protéger
l’installation de la mer est en construction. Ce sera la plus importante
muraille jamais mise en place dans le monde autour d’une centrale :
l’enceinte de ciment se dressera sur près d’un kilomètre, avec une
hauteur d’une douzaine de mètres. Cela en fera la plus chère du monde,
provoquant un nouveau dérapage financier qui devrait faire monter la
facture au-delà des 24 milliards annoncés par le gouvernement
britannique et EDF. Comme toujours, EDF rejette les critiques, mais le
gouvernement britannique a lancé discrètement de nouvelles études. Sur
ce mur nucléaire mais aussi sur l’ensemble du projet.
Menaces de tsunami et de tempêtes
Les protecteurs de l’environnement et les journaux anglais expliquent
qu’en cas de grande tempête ou de tsunami, les réacteurs, situés à
seulement huit kilomètres de la mer, ne seraient pas suffisamment
protégés des eaux marines auxquelles les installations sont exposées par
le grand chenal de Bristol. Cela leur fait redouter un accident du même
type que celui de Fukushima.
Peter Roche, ancien conseiller de gouvernement anglais, signale « que
certes le mur a l’air solide, mais cette zone côtière est l’un des
endroits de la planète où les coefficients de marée sont les plus élevés
et est minée par une très forte érosion ». Comme d’autres
spécialistes, Peter Roche rappelle qu’en 1981 le site choisi avait été
inondé suite à la conjonction d’une forte marée de printemps conjuguée
avec une tempête. Cette situation avait entraîné la fermeture de
l’ancienne centrale nucléaire pendant plus d’une semaine et qu’une
catastrophe avait été évitée de justesse.
Le réchauffement climatique oublié…
Le problème, expliquent les contestataires, c’est que les plans de la
centrale ont été conçus en 2012, avant que la fonte des glaciers du
Groenland prennent l’ampleur actuelle et avant que ceux de l’Antarctique
commencent à subir le même sort. Roche signale également que dans la
région concernée le niveau de la haute mer a augmenté d’un mètre au
cours des cinquante dernières années. Ces remarques rejoignent tous les
rapports scientifiques publiés en 2018:
• d'une part, les variations des niveaux de la mer vont mettre en
danger les centrales de bord de mer bien plus rapidement que les
installations industrielles littorales classiques ;
• d'autre part, les standards édictés par les Nations unies et
l’Agence internationale de l’énergie atomique pour les centrales de bord
de mer sont désormais périmées ;
• enfin, le réchauffement climatique n’a pas été suffisamment pris en compte par leurs concepteurs.
L’autorité mondiale rappelle aussi, citant le cas de Fukushima, qu’un
événement lié à une invasion d’eau de mer est susceptible de mettre à
mal ou de couper l’alimentation électrique nécessaire au refroidissement
des réacteurs, quelle que soit leur technologie.
Et que une sur quatre
des 460 centrales fonctionnant dans le monde ont été installées au bord
de la mer, à une époque où les effets du réchauffement climatique
n’étaient pas pris en considération.

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