Antoine Manessis
Le
14 juillet est la Fête nationale de la France et elle célèbre la prise
de la Bastille, acte fondateur de la Révolution française avec sa
dimension symbolique...
... car il est bien évident que la Révolution commence
avant le 14 juillet (avec les Cahiers de doléances par exemple) et se
poursuit après cette date.
Il
reste que le 14 juillet a connu et connait encore une portée
universelle à nulle autre pareil. D'autres révolutions avaient eu lieu
avant la française, en Angleterre ou aux Etats-Unis. Mais il est
incontestable que c'est l'intervention populaire, la manière dont la
Révolution s'est déroulée, qui a provoqué ce qui fait la particularité et
l'écho si fort de 1789.
L'expérience
jacobine, démocratique, les révolutionnaires comme Robespierre,
Marat, Saint-Just, Danton et bien d'autres, les Sans-Culottes ont marqué
de façon ineffaçable la Révolution française.
C'est
la raison pour laquelle la bourgeoisie, qui fut évidemment partie
prenante et même dirigeante de la Révolution, a longtemps utilisé son
prestige et ses symboles pour asseoir sa domination.
La
bourgeoisie fut parfaitement consciente, et cela dès les débuts du
processus révolutionnaire, de ses intérêts et donc du sens général
qu'elle voulait donner à la Révolution. Barnave le résume d'une forte
phrase : "Une
nouvelle distribution de la richesse entraîne une nouvelle distribution
du pouvoir".La Loi Le Chapelier ou le vote censitaire le prouvent
également. En revanche la bourgeoisie n'était pas un bloc homogène et
son alliance nécessaire, face à la réaction virulente de la noblesse à
l'intérieur du pays comme dans les relations internationales, avec les
masses populaires (paysannes et des villes) a pesé sur les différentes
stratégies mises en oeuvre.
Ces
différentes stratégies ont vu se radicaliser un courant démocratique,
lui-même divers, un courant "centriste" qui voulait préserver ses acquis
mais ne point trop concéder aux classes populaires, un courant plus à
droite dont l'objectif était un compromis y compris avec la noblesse.
Ces courants ont parcouru toute la période et même au-delà.
On
sait que la Révolution a structuré notre vie politique et continue à le
faire d'une certaine façon. On sait que le clivage, devenu
quasi-universel, entre droite et gauche existe depuis lors.
Bonaparte,
un "Robespierre botté", représente un compromis entre ces tendances
qui permettra la stabilisation de la Révolution et du pouvoir bourgeois
même si les guerres et les défaites de la France permettront un temps à
la noblesse de réapparaître lors de la Restauration mais sans pouvoir
remettre en cause la position économique de la bourgeoisie. Qui
finalement imposera la forme républicaine à sa domination après le
Second Empire.
Depuis,
la bourgeoisie tente de faire oublier que son "Etat de droit est issu
d'une voie de fait" comme le dit joliment Régis Debray. Trop effrayée
par l'idée de la Révolution, elle tente d'en faire "la matrice du
totalitarisme" et de criminaliser les figures les plus radicalement
démocrates de la première République. Que François Furet ait voulu être
le croque-mort de la Révolution française et l'accusateur du "passé
d'une illusion" (le communisme) sous les vivats des forces bourgeoises
de droite et de gauche est éloquent.
Demeure
que partout dans le monde la prise de la Bastille reste l'image des
combats du présent et de l'avenir contre les forces dominantes et
possédantes.
La
Révolution française reste un inépuisable et passionnant sujet d'étude
mais aussi de réflexion stratégique pour nos combats émancipateurs. La
gauche française se doit de se poser en héritière de cette Révolution et
de cette page de notre histoire dont "la force propulsive" reste, nous
semble-t-il, toujours opératoire et profondément encrée dans la
conscience populaire comme, entre autres, le mouvement des Gilets jaunes
l'a montré.
Que vive donc la Grande Révolution française et le 14 juillet.

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