vendredi 17 juillet 2020

Que vive le 14 Juillet


Antoine Manessis

Le 14 juillet est la Fête nationale de la France et elle célèbre la prise de la Bastille, acte fondateur de la Révolution française avec sa dimension symbolique...

... car il est bien évident que la Révolution commence avant le 14 juillet (avec les Cahiers de doléances par exemple) et se poursuit après cette date.
Il reste que le 14 juillet a connu et connait encore une portée universelle à nulle autre pareil. D'autres révolutions avaient eu lieu avant la française, en Angleterre ou aux Etats-Unis. Mais il est incontestable que c'est l'intervention populaire, la manière dont la Révolution s'est déroulée, qui a provoqué ce qui fait la particularité et l'écho si fort de 1789.
L'expérience jacobine, démocratique, les révolutionnaires comme Robespierre, Marat, Saint-Just, Danton et bien d'autres, les Sans-Culottes ont marqué de façon ineffaçable la Révolution française.
C'est la raison pour laquelle la bourgeoisie, qui fut évidemment partie prenante et même dirigeante de la Révolution, a longtemps utilisé son prestige et ses symboles pour asseoir sa domination.
La bourgeoisie fut parfaitement consciente, et cela dès les débuts du processus révolutionnaire, de ses intérêts et donc du sens général qu'elle voulait donner à la Révolution. Barnave le résume d'une forte phrase : "Une nouvelle distribution de la richesse entraîne une nouvelle distribution du pouvoir".La Loi Le Chapelier ou le vote censitaire le prouvent également. En revanche la bourgeoisie n'était pas un bloc homogène et son alliance nécessaire, face à la réaction virulente de la noblesse à l'intérieur du pays comme dans les relations internationales, avec les masses populaires (paysannes et des villes) a pesé sur les différentes stratégies mises en oeuvre.
Ces différentes stratégies ont vu se radicaliser un courant démocratique, lui-même divers, un courant "centriste" qui voulait préserver ses acquis mais ne point trop concéder aux classes populaires, un courant plus à droite dont l'objectif était un compromis y compris avec la noblesse. Ces courants ont parcouru toute la période et même au-delà.
On sait que la Révolution a structuré notre vie politique et continue à le faire d'une certaine façon. On sait que le clivage, devenu quasi-universel, entre droite et gauche existe depuis lors.
Bonaparte, un "Robespierre botté",  représente un compromis entre ces tendances qui permettra la stabilisation de la Révolution et du pouvoir bourgeois même si les guerres et les défaites de la France permettront un temps à la noblesse de réapparaître lors de la Restauration mais sans pouvoir remettre en cause la position économique de la bourgeoisie. Qui finalement imposera la forme républicaine à sa domination après le Second Empire.
Depuis, la bourgeoisie tente de faire oublier que son "Etat de droit est issu d'une voie de fait" comme le dit joliment  Régis Debray. Trop effrayée par l'idée de la Révolution, elle tente d'en faire "la matrice du totalitarisme" et de criminaliser les figures les plus radicalement démocrates de la première République. Que François Furet ait voulu être le croque-mort de la Révolution française et l'accusateur du "passé d'une illusion" (le communisme) sous les vivats des forces bourgeoises de droite et de gauche est éloquent.
Demeure que partout dans le monde la prise de la Bastille reste l'image des combats du présent et de l'avenir contre les forces dominantes et possédantes. 
La Révolution française reste un inépuisable et passionnant sujet d'étude mais aussi de réflexion stratégique pour nos combats émancipateurs. La gauche française se doit de se poser en héritière de cette Révolution et de cette page de notre histoire dont "la force propulsive" reste, nous semble-t-il, toujours opératoire et profondément encrée dans la conscience populaire comme, entre autres, le mouvement des Gilets jaunes l'a montré.

Que vive donc la Grande Révolution française et le 14 juillet.

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